Notes : On n'avait jamais lu si vibrant éloge de la masturbation que les pages 84 et 85 du dernier roman de Daniel Pennac, Journal d'un corps. Sans doute faudrait-il d'ailleurs dire ? branlette ? plutôt que masturbation tant le livre est cash, empathique, dénué de toute fausse pudeur. Rien n'échappe à la curiosité de son héros ni à la sagacité de son regard. Les pages en question évoquent ainsi, avec une précision d'entomologiste, cet instant subtil où tout va basculer, que le narrateur appelle le ? passage de l'équilibriste ? : la seconde où, ? juste avant de jouir, je n'ai pas encore joui ?. Instant délicat s'il en est, qu'on voudrait indéfiniment prolonger. ? Il faut être très prudent, très précis, c'est une question de millimètre, peut-être moins ?, s'enfièvre le narrateur. La remarque vaut aussi sur le plan littéraire, l'exercice stylistique sur un tel sujet étant lui-même périlleuse affaire d'équilibre. L'auteur, on l'a compris, s'en tire haut la main, si l'on ose dire ! Et le roman tout entier est à l'avenant. Il s'intéresse précisément à ce que d'ordinaire la bienséance enjoint de taire. Grave autant que malicieux, car le sujet, mine de rien, est sérieux.